Nath-Sakura - La beauté au service de la créativité

Posté par admin le 27 mar 2008 dans Photographes pro et semi-pro12 commentaires

Une femme, un nom, des photos exceptionnelles, une vision du monde hors du commun, une approche novatrice de la photographie, une créativité énorme, une personnalité à découvrir : Nath-Sakura nous immerge dans son univers artistique, à la fois exceptionnel de part son originalité et sa beauté, et en même temps très fort en émotions et en expression….. A découvrir d’urgence !

true-green

Comment et pourquoi avez-vous commencé à photographier ?
En appuyant sur un obturateur. Y a t’il une autre facon de commencer ?

Comment avez vous acquis les compétences que vous avez aujourd’hui ?
Par le biais d’un DENSP acquis après un doctorat de philosophie devenu inutile lorsque les portes des universités se fermèrent devant moi pour cause d’engagement militant trop à gauche aux yeux de ceux que je croyais alors être mes pairs. Et ensuite sur le tas, auprès de grands de Publicis, puis de l’ESJ. Et finalement, dans le photo-journalisme, puisque c’est cette activité qui me permet de vivre, moi et ma famille depuis près de 7 ans.
C’est là que je trouve mes plus grandes joies, car l’actualité et l’activité humaine est suffisamment changeante et forte pour qu’on ne s’y ennuie jamais, sans jamais avoir à copier quiconque.

laube

Quels sont les conseils que vous donneriez à un débutant désireux de faire des photos de mode/beauté et de nu artistique ?
Je serais bien en peine d’en donner, attendu que je ne suis spécialisée ni dans l’un, ni dans l’autre. Je m’intéresse à l’humain, sous toutes ses formes, et les cadres étroits des imageries sclérosées dont tu parles, souvent plus proche de la comptabilité que de l’art, me semblent bien petits.
Pour le reste, le seul conseil qui me vient à l’esprit est le suivant : aussi parfaites que vous semblent les images que vous croisez dans les magazines, dites-vous bien que lorsque vous arriverez à réaliser les mêmes, vous aurez déjà quinze ans de retard. Le principe de la mode, c’est qu’elle se démode. Et essayer, ad aeternam, de copier ce que vous voyez, c’est vous condamner à n’être qu’un suivant, un copiste, un compositeur de musique de chambre à l’heure de la musique sérielle.
Regardez par exemple comment Vivienne Westwood (http://www.viviennewestwood.co.uk ) présente sa mode et vous comprendrez comment on peut faire exploser la banalité des images qu’on croise dans Vogue, et qui ne font plus baver que les arpenteurs de la photo.
Pour le reste, ce qu’on appelle le "nu artistique", me fait toujours sourire. Car c’est éternellement les mêmes clairs obscurs en lumière rasante, que Willy Ronis réalisait déjà il y a soixante ans. Avec toujours les mêmes recettes, et au final, avec l’impression de voir éternellement la même chose.
On se lasse de tout, même de l’érotisme, lorsqu’il est pratiqué éternellement de la même manière. C’est comme le sexe, lorsque votre partenaire vous lèche toujours de la même manière… toute femme bien née finit par en changer ;)

Avec quel matériel travaillez-vous ? Qu’est-ce qui a motivé votre choix ?
Avec un peu tout ce qui me tombe sous la main. Peu importe le boitier, ce n’est jamais vraiment lui qui compte, pas plus que les optiques. Mais si la question est "qu-est-ce que vous utilisez le plus ?", je répondrais un Mamiya Spress 23 (6×6 et 6×9) et un Canon 5D, pour son côté léger et maniable, adapté au reportage et au "shoot libre".

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Et votre studio ? Comment se présente-t-il ?
C’est sans doute le pire studio de ce côté-ci du Rio Grande. Très grand, mal isolé, mal agencé, gelé l’hiver et torride l’été, poussiéreux, sous les toits. Mais pourtant je l’aime, et je ne l’échangerais jamais contre un de ces trucs nickel de photographe à la mode aux éclairages informatisés. Parce que c’est comme en toute chose : l’âme et l’humanité s’accommode mal de la standardisation, ni des atmosphère stériles de laboratoires. Mon studio est laid, lépreux, mais il a cinq siècles. Des murs couverts de salpêtre, les saignées de siècles de réparation hasardeuses des linteaux et des poutres par des maîtres-compagnons pas toujours sûrs de leur maîtrise, et surtout de l’âme des générations qui s’y sont succédée. J’en tire l’énergie formidable que doivent, dans les contes de fée, tirer les sorcières de leurs vieux chaudrons salis. Mon studio ne répond à aucun standard, ni à aucune norme, comme moi, et c’est sans doute pour cette raison qu’on peut tout y faire, et tout y rêver…
Mais cela dit, le travail en studio ne représente qu’une infime partie de tout ce que je réalise. Ne serait-ce que, ce qui me fait vivre, c’est le reportage, donc, la planète entière.

Quel est le message, les émotions que vous voulez faire passer à travers vos photos ?
A vrai dire, ce n’est pas vraiment un message. Un message peut être traduit en mot : "libérez le Tibet", "stop à la société de consommation". Moi je n’ai aucun message à délivrer. Ma formation de photo reporter me pousse seulement à témoigner. Témoigner de l’actualité dans mon activité de journaliste. Témoigner de mes émotions, de mon cheminement et de mes réflexions, dans le cadre "artistique" (avec de gros guillemets, car pour ma part je n’y vois pas d’art, c’est juste une manière de prendre du recul sur la réalité, de mettre du verre entre moi et le monde pour en avoir moins peur).
J’ai une démarche personnelle suffisamment particulière (je suis une femme transsexuelle) pour qu’elle mérite d’être illustrée. A ma connaissance, aucune personne ayant ma démarche n’a songé à l’étayer par un ressenti photographique. C’est donc de cela que je traite dans mes ptites photos.
Parler de passage, de chuchotements secrets, d’ombres fugaces qui donnent sens au réel, de dédoublement et de quête, de la mort de soi-même préalable à sa renaissance. Parler du sang, de la chirurgie et des scalpels sans jamais les montrer, en témoignant juste des processus mentaux qui font y avoir recours. Et ce que cela signifie lorsqu’on ferme les yeux en pensant simplement, à "soi". Retrouver les origines de l’identité, de ce qui te fait dire "je suis", en le dégageant de la gangue de la bipolarisation sexuelle d’une société phallocrate, en retrouvant les origines ou, hommes et femmes, nous sommes tous égaux. Bref, de trouver de l’universel dans l’ultra-minorité à laquelle j’appartiens.

guerre

Pouvez vous nous expliquer quelles sont vos méthodes de travail ?
D’abord, arrête de me vouvoyer, j’ai l’impression d’être vieille ;)
En général, je trace les grandes lignes de forces des images que je souhaite réaliser sur mon carnet à dessin. Afin de placer les ombres (essentielles dans mon travail, même si elles sont en général tout à fait incomprises), et surtout de mettre en avant l’idée que je souhaite mettre en exergue.
Ensuite, je peins des gélatines, qui, placées devant les flashes et les mandarines (mon système d’éclairage favori) vont donner l’ambiance que je souhaite obtenir. Avec des traces de doigts, des brûlures de cigarette, des traits d’encre, que sais-je…
Vient alors le repas avec la modèle et la maquilleuse (je tiens particulièrement à ce moment de rencontre qui précède la séance, et qui permet de dédramatiser la photographie), où j’explique en détail comment j’envisage la séance. Vient alors la séance, où pendant le shoot, je ne dis quasiment rien, mimant en les outrant les expressions que j’attends des modèles. ça a l’avantage d’être plus rapide qu’une fastidieuse énumération des postures du corps, comme le font la plupart des gens. Ce qui casse souvent la dynamique d’une prise de vue.

Comment ce déroule la séance ? Quels sont vos rapports avec les modèles ?
Oh, rien d’autre qu’un moment fraternel de création commune. J’aime amener mes modèles à "donner" ce qu’elles ont, à leur laisser quartier libre dans l’expressivité, parfois à les suivre dans leurs propres délires, leurs propres talents, de comédienne, de danseuse, de pitre parfois.
Pour moi, c’est une collaboration, d’égale à égale. Un partage dans le seul but de donner à voir.
Mais c’est comme dans toutes les relations humaines. Certaines ne viennent qu’une fois, d’autres sont "abonnées", car il y a, avec ces dernières, une magie suffisamment grande pour que je ne me lasse jamais de les cotoyer.

amertume

Vos photos sont très créatives, ou puisez vous votre inspiration ? Quels sont les photographes que vous admirez ?
Pour te dire la vérité : je l’ignore. N’importe où et n’importe quand en fait. ca te cueille comme ca, sans raison. Comme une envie de faire l’amour… ou une nausée.
Mais ce n’est pas ca qui compte. L’essentiel est d’arriver à mettre en image une idée ou un sentiment. De trouver comment mettre un "moteur" dans l’image. J’avais par exemple, il y a deux ans, de gros soucis avec mon père, avec qui je traversais une période d’incomprehension et de colère mutuelle. Pour "régler" mon problème avec lui, et sans doute aussi avec tous les hommes, j’ai réalisé ce pastiche de la Création du Monde de Michel-Ange. Le moteur c’est donc ici l’humour, la dérision (le petit doigt absurde de Dieu qui pointe dans le canon du gun au lieu de l’index créateur), et aussi la colère (symbolisée par le revolver).
Quant aux photographes que j’admire. Disons que la liste est bien moins longue que celle des peintres qui m’ont transfigurée, notamment de la Renaissance,  et qui me servent de guide.

Vous êtes aujourd’hui une photographe bien établie, pouvez vous nous parler de votre travail ?
On n’est jamais, à l’heure du grand chambardement d’une profession déjà malade, "bien établie". Et mon parcours personnel et professionnel peut, comme il l’a fait à de nombreuses reprises, malgré mes 34 ans, prendre un tour tout à fait différent à l’avenir.
C’est assez excitant de savoir que rien n’est jamais figé ni prédestiné. Et être celle que je suis aujourd’hui en est sans doute l’illustration.
Pour le reste, disons que mon travail, c’est surtout d’être disponible à n’importe quelle heure, pendant mes périodes d’astreinte, pour n’importe quelle photo, de l’accident routier au meeting d’une personnalité politique, dans un rayon de quatre-cent kilomètres, d’Avignon à Perpignan et de Rodez à Sète.
C’est aussi du reportage free-lance  pour des magazines (je travaille souvent pour les hebdo suisses), souvent au Proche-Orient (un reportage sur Gaza en guerre m’a valu un prix de photo journalisme en 2005). Il vous suffit alors de chercher les initiales ND sous les clichés.
C’est enfin des photos plus humaines, plus complexes, souvent sexy, réalisées pour des éditions en recueil et des expositions.

bouleversement

On dit de plus en plus qu’il devient impossible d’émerger, qu’il n’y a "plus de place" dans cette profession, que répondriez-vous à cela ?
Qu’il y a toujours de la place pour ceux qui ont quelque chose de nouveau à apporter. Personnellement je ne crois guère au mythe des artistes maudits, si pratique pour ceux qui ne se donnent pas les moyens de réussir. Pour reprendre une phrase de Desproges : "ayons une pensée émue pour ces jeunes artistes qui n’ont aucun succès sous prétexte qu’ils n’ont aucun talent".
Bien sûr, certains mettent des années à émerger. Bien sûr, la profession est de plus en plus dure, sous la pression des intérêts capitalistes qui aimeraient que les créations de l’esprit soient vidées de leur valeur économique. Mais bien sûr qu’il reste de la place pour ceux qui, par leur travail et leur talent, offrent un œil neuf à l’image.
Pour le reste, et même si nous vivons dans l’ère de la Star Academy, ou l’on fait croire aux gogos que pour être célèbre il suffit de montrer sa binette à la télé, il n’en reste pas moins que le seul moyen de réussir, c’est d’accomplir un long chemin, fatiguant, épuisant, répétitif, de travail et d’apprentissage. On ne devient pas un virtuose du piano autrement qu’en passant dix ans de solfège et dix heures par jour derrière son instrument. Et en ne cessant jamais de travailler pour rester parmi les meilleurs.
Cela dit je suis une effroyable paresseuse…

Une petite anecdote ?
J’ai appelé un éditeur il y a quelques semaines, pour lui parler d’un projet sur lequel je travaille. L’un de ses assistants a pris mon message, car le directeur de collection avec qui je souhaitais parler était absent. Il m’a rappelé le lendemain, et comme l’assistant avait mal noté mon nom, il a demandé à parler à "Matt Pokora".
On est bien peu de choses ;)

chaudron

Quelles sont vos projets ? Comment imaginez-vous la suite de votre parcours ?
Comme je te le disais tout à l’heure, afin de ne pas rester sur la simple promo de mon dernier bouquin (Pervy Obsessions, ed. Ragage), je travaille actuellement sur un nouveau projet d’édition mêlant mes photos aux dessins d’un auteur de comics italien qui travaille divinement bien. A ce stade, j’ai un accueil plutôt positif des éditeurs à qui j’ai soumis le projet. J’imagine que cela devrait se contractualiser avant l’été.
J’ai par ailleurs un projet de reportage en Guyane sur le bagne, et une envie de retourner à Gaza pour retrouver le plaisir de l’actualité brillante.

Auriez vous envie d’essayer un autre type de photo ? Si oui, lequel ?
J’aimerais me lancer dans une grande fresque retrospective de la macro de légume à travers les âges. Un travail gigantesque où les concombres, les laitues et autres poivrons rouges seraient photographiés sous tous les angles et avec toutes les techniques photo, surtout à la camera obscura et au stenopé.
Non je plaisante. Pour l’instant,je reste dans la photographie de l’humain et de ses activités, il n’y a que ca qui m’intéresse vraiment.

lilith

Une remarque ?
Bien sûr. Tu consacres l’essentiel de ton interview à des aspects techniques et contingents, qu’on pourrait, à loisir, adapter à n’importe quel auteur. Pour moi, une œuvre photographique n’a de sens que prise dans sa globalité. Et peu importe que le photographe travaille en argentique, fasse du paysage ou du portrait. Ce n’est pas cela qui compte. Ce qui importe c’est le "souffle" qu’il y a derrière.
Si tu prends le travail de Cindy Sherman par exemple, tu n’apprendras rien en sachant que son studio fait 60 m2 et qu’elle utilise des boites à lumière et jamais d’ombrelles. En revanche, si tu t’intéresses au fait que toute son œuvre est une série d’autoportraits, la représentant de mille manières différentes, critiquant violemment la place de la femme et sa représentation dans la société contemporaine, alors, là, tu comprends tout.
Dans mon cas, c’est un peu pareil. Peu importe la technique et l’intérêt de chaque photo prise isolément, ce qui importe, c’est l’histoire globale que j’essaie de raconter. Celle d’une renaissance et d’un passage.
Merci de t’être intéressé à mes ptites images au cours de cette interview. J’espère n’avoir été ni trop longue, ni trop ennuyeuse.

Nathalia, je voudrais te dire un immense merci pour cette interview exceptionnel, et te témoigner mon admiration pour ton travail, ta vision de la vie, des choses, de la société, de notre monde actuel, et pour la beauté de tes photos qui m’émerveille à chacune des mes visites sur ton portfolio.

Son site internet est visible ici : http://www.nath-sakura.fr, et son dernier recueil "Pervy Obsession" . ( A visiter absolument ! )

soif  sucre

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admin is David NICOLAS, 16 ans, en Bretagne depuis près de 9 ans. Passionné par la vie en général et le monde qui m’entoure, j’étudie en première ES. Mais j’entretien une relation particulière avec la photographie, à laquelle je m’abandonne pleinement dés que j’ai un moment de libre. J’invite d’ailleurs les personnes intéressées à visiter mon site : www.davidou.com. Je m'épanouis dans les domaines de la mode/beauté, et du nu artistique.... Vous pouvez aussi me retrouver sur FlicR : http://www.flickr.com/photos/davidou_com/.
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12 commentaires

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  1. Un vrai délice cette interview. Décidément, il y a des gens extraordinaire sur cette planète !

  2. Nath fait partie des photographes de génie pour lesquels j’ai une admiration complètement déplacée. L’interview ne dément pas le mythe : convicitions, force et arts se mèlent pour dresser ce portrait.
    Un régal !

  3. Je reconnais bien là nath et je suis ravi de la lire à nouveau. Toujours égale à elle-même: c’est ce qui la rend si sympathique.

  4. Superbe interview… je ne connaissais pas nath , mais c’est avec plaisir que j’ai pu lire… les photos avec c’est mises en scène sont vraiment excellente ! j’aime beaucoup… je dirais donc bonne continuation ! ;)

  5. Toujours un régal de te lire, Nathalia, … et plus encore de créer des images avec toi …
    (dont “le petit doigt absurde de Dieu”, j’en ris encore).

    A quand la suite ?
    Bises.

  6. cette fille la .. elle est terrible .. ;)

  7. Quel plaisir de retrouver Nath dans l’une de tes interview David.
    et d’en savoir un peu plus sur elle.

    Si vous voulez découvrir une partie de ses oeuvres je vous conseille
    d’acheter son dernier reccueil : “Pervy Obsessions”
    il contient des photos toutes aussi superbes les une que les autres…

    http://www.editions-ragage.com/collection-marges/pervy.htm

    ou à la FNAC

    [URL=http://imageshack.us][IMG]http://img153.imageshack.us/img153/7946/nathsakurapervyfi3.jpg[/IMG][/URL]

    Super ton anecdote Nath… :o) :o) :o)
    Celà traduit bien l’intérêt que certains portent à ce qu’on leur dit !!!

    Fif ;o)

  8. Zut l’image ne se charge pas…

    Fif

  9. Bah, moi, c’est ma chérie… Je ne peux dire que de belles choses sur cette toffeuse exceptionnelle…

  10. La rencontre et le déclic qui m’a fait comprendre ce que signifiait “faire de la photo”..sans compter la femme extraordinaire qu’elle est…plein de bisouxxx ma belle.

  11. un pur régal cet interview !!!!

    magali

    ps : j’adore ton travail !

  12. Je viens d’acheter son recueil Pervy Obsessions : Un régal, je le conseil à tous et à toutes !

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