Henry Ausloos - Photographe professionnel animalier

Posté par admin le 27 juin 2008 dans Photographes pro et semi-proPas de commentaires

Depuis plus d’une trentaine d’années, Henry Ausloos parcours notre planète à la recherche de clichés d’exception pour le plaisir de nos yeux. Grâce à une parfaite connaissance de la nature, à un talent d’exception et à un oeil aiguisé, il arrive à transmettre sa passion, son amour, à travers des photographies vibrantes par leur magnificence de ces animaux qui ont toujours suscité notre admiration.

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1- Comment et pourquoi avez vous commencé à photographier ?
J’ai commencé la photographie animalière à l’âge de 22 ans après avoir lu le livre « La chasse photographique » de Varin et Baufle. J’ai trouvé cette activité extraordinaire, ce que je pense toujours (!), et connaissant déjà pas mal la faune et la photo, j’ai rapidement fait le joint entre ces deux activités. C’était une époque où je me « cherchais ». Soit je continuais des études soit je trouvais un… métier qui m’intéressait vraiment, ce qui n’était pas simple. Je me suis acheté un 6×6 bi-objectif et j’ai commencé. Cela n’a pas du tout été évident même si la famille trouvait mes photos géniales. Je suis allé présenter mes photos à une agence. On m’a dit : ouais… Ils m’ont montré ce qu’ils possédaient sur les espèces que j’avais apportées avec moi et… je me suis pris une claque. Il y avait un monde de différence entre mes « précieux documents » et ce que je voyais ! Je me suis vraiment accroché et… 2 ans plus tard, je rachetais cette petite agence !

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2- Comment avez vous acquis les compétences que vous avez aujourd’hui ? 
Par la lecture et le temps passé sur le terrain. Je crois que ce sont là les plus grands secrets de la photo animalière. Savoir quand, où, comment et avec quoi photographier les animaux. Les livres apportent une connaissance théorique des espèces et… du matériel. Ils permettent également de voir ce que font d’autres photographes, professionnels, amateurs, ou pas. Ensuite la meilleure école c’est la découverte du milieu, qu’il soit montagnard, maritime, forestier ou autre. Il faut « s’armer » de jumelles et… observer, observer et encore observer. Le reste suivra !

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3- Quels sont les conseils que vous donneriez à un débutant désireux de photographier la beauté sauvage ? 
Avant toute chose, il doit aller sur le terrain pour comprendre la lumière, les heures, mais surtout les habitudes des animaux. Ceci afin de les observer et plus tard de les photographier sans les déranger. On revient parfois bredouille en images mais jamais en émotions. C’est une activité qui demande du temps, où il faut parfois être présent sur le terrain dès 4h du matin, où il faut braver les intempéries, pluie, brouillard, neige, gel, soleil… Un bon moyen pour les débutants c’est de rentrer sur des forums de photographie animalière et de poser des questions. Ensuite c’est de lire des livres et de tenter de comprendre quand, pourquoi et où une photographie a été prise. Ensuite, c’est de rencontrer des professionnels et de fréquenter des festivals comme celui de Montier-en-Der ou de Pralognan. Pour terminer, montrez vos photos (pas à vos proches, ils vont vous encenser !), mais à d’autres amateurs ou s’ils l’acceptent à des professionnels.

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4- Avec quel matériel travaillez-vous ? Qu’est-ce qui a motivé votre choix ? 
Je travaille avec du matériel Nikon depuis plus de 30 ans. Actuellement avec des boîtiers D2X et D300 complétés par des optiques du 20mm au 600mm. Pendant de nombreuses années, j’ai travaillé en Pentax 6×7 avec également des optiques jusqu’au 600mm et même un caisson étanche, le Pentax Marine. Cela donnait des images fabuleuses qui m’ont permis de me faire connaître dans le monde entier. Finalement, n’étant pas Rambo, c’est le poids du matériel et les progrès de l’autofocus qui m’ont fait préférer le format 24×36 puis évolution oblige le reflex numérique.

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5- Quel est le message, les émotions, que vous voulez faire passer à travers vos photos ? 
Même si beaucoup de photographes (si pas tous) ne le reconnaissent pas, au départ on ne cherche pas à faire passer un message ou une émotion, cela vient plus tard, avec les années, le vécu ou votre initiateur… Au début, on est simplement heureux et/ou fier d’avoir réussi un bon cliché, bien exposé où l’animal, la plante (etc) se dégage bien. Plus tard, cette simple satisfaction ne suffira plus, sauf pour certains et c’est bien dommage, car ils passent à côté de l’essentiel. A une certaine période, la lumière avait beaucoup d’importance pour moi. J’utilisais des films peu sensibles comme la Kodachrome 64 et 25 puis la Velvia 50 et je ne photographiais que tôt le matin ou en fin d’après-midi. Le numérique a contribué à changer mes habitudes. Ensuite ce ne fut plus suffisant, l’animal et la lumière. Il fallait autre chose, une émotion, un message. Et, du gros plan, je suis revenu à des ambiances, des moments. Mais également plus d’action, des vols, des courses, des bagarres, des prédations, des naissances. Là le message sous-jacent devient plus important : voilà comment ils vivent, s’aiment et meurent, ce sont peut-être les derniers, laissons-les en paix ou mieux, aidons-les à survivre dans ce monde que nous détruisons. De leur survie dépendra sans doute la nôtre ! Cela fait partie de notre prise de conscience vis-à-vis de la planète.

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6- Pouvez vous nous expliquer quelles sont vos méthodes de travail ? 
Pour commencer, je sais ce qu’il manque dans mes collections. Ensuite, je lis beaucoup et me suis décidé, après bien des années, à rencontrer d’autres photographes ou amateurs de nature. Un grand changement pour moi qui étais un peu ours, sauvage, peut-être même un peu anti-social, mais surtout épris d’indépendance et de liberté. J’ai un petit réseau relationnel qui me permet de savoir ce qui se passe et quand cela se passe un peu partout dans l’hémisphère nord, qui a ma prédilection. Une réminiscence de Jack London, sans doute ! Après ce « n’est » plus qu’une question de disponibilité (pas toujours évidente) et de moyens, qu’ils soient techniques ou… financiers.

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7- Comment en êtes vous arrivé là ? Comment se sont déroulés vos débuts ? 
Les débuts, bien prometteurs, n’ont en réalité pas été faciles. Je ne compte pas les mois où je ne « gagnais » que 2000 francs et qu’il fallait payer le loyer, manger et faire vivre la famille. Il y avait moins de concurrence mais le matériel n’était pas ce qu’il est maintenant. Les voyages étaient chers et parfois je me « plantais » sur certains sujets ! J’ai commencé, assez rapidement, à écrire des livres. Le premier, « La chasse photographique » paru chez Marabout en 1979, lorsque j’avais 26 ans a été l’initiateur d’une longue série. Il faut, en moyenne huit ans pour s’en sortir. Et, même après, ce n’est pas toujours gagné. Je me suis permis de cesser toute activité pendant une dizaine d’années de 1990 à 2000. Retraite bien anticipée, faut-il le dire. Depuis, j’ai repris mes appareils et sillonne à nouveau l’hémisphère nord pour reconstituer mes collections.

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8- Vous êtes un photographe professionnel. Pouvez nous en dire plus sur votre travail. Quelle est votre vie de tous les jours ? 
Lorsque je ne suis pas en prise de vue ou en repérage sur le terrain, je passe mes journées sur mon ordinateur. Trier les photos, traiter les Raw, envoyer les photos aux agences et aux revues, prendre des contacts, etc. Il faut avouer que l’ordinateur, même s’il est très utile, « mange » énormément de temps ! Le métier de photographe, avec l’arrivée du numérique, a évolué. Nous sommes devenus, en plus, des photograveurs puisque nous scannions nos documents, puis des colorimétristes pour la correction des balances de couleurs. De plus, il faut essayer de tenir le site Web à jour. Bref on ne chôme pas, même si les photographes animaliers, lorsqu’ils ne sont pas sur le terrain, sont tous un peu « fainéants » ! On aime profiter du moment présent et surtout on déteste être bousculé…

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9- Vous devez bien évidemment être très concerné par la nature et les problèmes qui y sont liés. Quel regard portez vous sur notre environnement ? Quelles sont vos réactions par rapport au réchauffement climatique ? Y-a-t-il d’autres problèmes qui menacent le monde animalier ? Si oui, comment y faire face ? Effectivement, en 30 ans de vie sur le terrain à passer mon temps à photographier les biotopes et les espèces qui y vivent, j’ai pu constater de nombreux changements et pas des moindre ! Notre environnement se détériore chaque jour de plus en plus et les espaces dits « préservés » se réduisent comme une peau de chagrin. Il  a peu, au mois d’avril, j’ai été membre du jury du Festival Jules Vernes à Paris sur le film documentaire et d’aventure. Nous avons octroyé le grand prix du festival au film suédois « The Planet ». Parmi les nombreuses choses qui m’ont interpellé, l’une d’elle concernait les photographes et cinéastes animaliers. Le film nous expliquait, et à juste titre, que nous, les professionnels de l’image, ne montrions que de belles choses (vie, amour, tendresse chez les animaux) mais réalisées dans des recoins minuscules par la magie de l’objectif et évidemment par le talent du photographe. Mais en fait, tous ces milieux ne sont plus que des îlots en voie de disparition, que cela ne montre pas la réalité du monde ! Dans l’absolu, c’est une vérité, même s’il faut u peu composer. Le réchauffement climatique, à mon niveau professionnel, est surtout devenu un problème de saisons perturbées. Pas de neige quand on l’attend, de la neige quand on ne l’attend plus, trop de soleil, trop de pluie. En réalité ce changement modifie surtout le comportement des espèces : par exemple, on trouve des guêpiers ou des hérons garde-bœufs de plus en plus au nord. Par contre le grand problème d’où tout découle est l’économie de marché. Tout doit être rentable et tout tourne autour de l’homme, ne laissant finalement que peu de place à une nature quasi vierge. La pollution quelle qu’elle soit, oui, mais il faut d’abord produire, si on ne produit plus il y aura du chômage et ainsi de suite. Le réchauffement, oui, mais tout le monde traîne les pieds et renâcle ce qui fait qu’aucune décision valable ne sera mise en place avant plusieurs années. Hélas, il sera trop tard. Je ne sais pas quel monde nous laisserons à nos enfants et petits enfants, mais il ne sera pas bien beau. Ils nous en voudront certainement mais, par chance pour nous ( !) nous ne serons plus là ! Egoïsme, égoïsme quand tu nous tiens…
En résumé, pour faire face à tous ces problèmes, il faudrait un changement total et global de nos habitudes et cela n’est pas près d‘arriver.

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10- Quel regard portez vous sur la photographie aujourd’hui et sur son évolution ?
L’arrivée du numérique a tout changé. En mieux pour les amateurs mais, malgré tout, en moins bien pour les professionnels. Actuellement, il y a pléthore d’images sur le marché. Les prix ont chuté de façon dramatique. De agences qui vendent des photos à 2-4 euros la photo quelle que soit l’utilisation sont de plus en plus nombreuses. La France essaye de freiner le processus, mais il est en marche au niveau mondial et on ne pourra plus l’arrêter!  Il y a encore 4-5 ans, quelques éditeurs français ne voulaient pas entendre parler du numérique et voulaient recevoir des ektas. De nos jours c’est bien fini. Ces mêmes éditeurs exigent des sélections basses def. par mail, immédiatement, pour faire leur choix ! Je pense que ce n’est qu’une question de temps car, à part les news ou le people, tout a déjà été photographié ! Je ne peux, honnêtement, recommander ce métier à un jeune. Regardez autour de vous et vous constaterez que les professionnels, qui vivent de l’image animalière, sont de plus en plus âgés et que la relève se compte sur très, très peu de doigts !   Heureusement, il y a quelques jeunes doués… De plus, de nos jours, il y a des pianistes, virtuoses du clavier informatique, qui transforment n’importe quelle photo… J’ai beau prétendre que rien ne remplacera le coup d’œil et la sensibilité du photographe, je me pose parfois des questions.

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11- Peut être auriez vous envie de nous raconter une petite anecdote ?
Il y a quelques années, Je photographiais un serpent (faux mamba). Après chaque déclenchement j’entendais un bruit bizarre. Pas moyen de comprendre d’où cela venait. Pendant l’une de mes prises de vue, j’ai éloigné l’œil de l’objectif pour observer la scène sous un autre angle et là ! J’ai compris aussitôt. A chaque déclenchement, lorsque le miroir se relevait, le serpent voyant un mouvement, frappait dans la lentille. Inutile de dire que j’ai eu les jambes sciées et que j’ai arrêté la séance de photo…

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12- La nature occupe une grande place dans votre vie. Pouvez vous expliquer cette relation particulière ?
Depuis petit, dame Nature m’a attiré dans ses filets. Je m’y suis laissé prendre avec délectation. Mes amis, qui me connaissent bien (ou en tout cas mieux !), disent que je suis l’un de ces êtres qui écoutent respirer la terre et peuvent se mettre à son diapason. C’est vrai, je le pense vraiment, même si cela devient plus difficile de nos jours pour des tas de raisons. En fait, n’ayant pas eu une jeunesse heureuse, je me suis souvent réfugié dans les bois et j’y ai découvert de nombreuses choses. Adorant la lecture, étant même un bibliophage j’ai découvert très, très tôt les livres de Jack London ou Kessel pour ne citer qu’eux. Cela m’a certainement marqué. De plus l’école de la Nature possède l’avantage (ou le désavantage  notre époque) de nous offrir un cycle d’apprentissage qui ne se termine jamais. Chaque jour j’apprends ou découvre de nouvelles choses. Je m’émerveille toujours, je suis un rêveur, un romantique, je le reste et le revendique !

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13- Quelles sont vos projets ? Comment imaginez-vous la suite de votre parcours ?
J’ai déjà une vingtaine de livres à mon actif et j’essaye de développer cette branche. Je « fais » également plus d’expositions, je vends des tirages d’art, ce que je ne faisais pas avant. Je vais sans doute recommencer à donner des conférences. Surtout, je dois produire, produire et encore produire ! Le mal de ce début de siècle. Mais produire ne suffira pas, il faudra que chaque photo véhicule une émotion ou un message, sinon cela ne servira à rien.

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14- Auriez vous envie d’essayer un autre type de photo ? Si oui, lequel ?
Je dois dire que je réalise plus de paysages que dans le temps (grosse évolution pour moi !). J’y cherche des ambiances, des lumières, des messages. Je n’ai jamais fait de photos stomboscopiques, cela pourrait m’intéresser pour « figer » des actions animales sur le terrain ! J’ai fait pas mal de photos en plongée et ce pendant plusieurs années. J’ai hésité longtemps à ne suivre que cette voie là… Sinon, j’ai parfois « tâté », très brièvement, au sport, au charme, au tourisme, mais, pour des raisons diverses, ce n’était pas ma tasse de thé et j’en suis vite revenu.
Par contre, ce que je sais, c’est que je vais refaire de la photo aérienne pour les paysages et… la faune.

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15- Une remarque ?
Il y a quelques années, nous (les photographes animaliers professionnels) étions parfois « coincés » par des contraintes techniques. Avec l’arrivée de l’électronique, du numérique, etc. les problèmes techniques ne sont qu’un lointain souvenir. Mais, s’il est plus facile de réaliser une photo d’un animal, il est plus difficile d’en  faire une bonne bonne qui transmette un message, puis de la commercialiser à un prix décent.

Merci Henry d’avoir accepté de répondre a mes questions avec autant de passion !

Je vous invite à aller visiter son site web : http://www.henryausloos.com/.

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admin is David NICOLAS, 16 ans, en Bretagne depuis près de 9 ans. Passionné par la vie en général et le monde qui m’entoure, j’étudie en première ES. Mais j’entretien une relation particulière avec la photographie, à laquelle je m’abandonne pleinement dés que j’ai un moment de libre. J’invite d’ailleurs les personnes intéressées à visiter mon site : www.davidou.com. Je m'épanouis dans les domaines de la mode/beauté, et du nu artistique.... Vous pouvez aussi me retrouver sur FlicR : http://www.flickr.com/photos/davidou_com/.
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